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Renouveler la démocratie en contexte afro-musulman

il y a 17 heures
5 min de lecture




Propositions pour renouveler et radicaliser la démocratie, et dépasser le modèle électif occidental (en contexte sénégalais, africain et musulman)


I. Contexte


Le moment que nous vivons est doublement critique. D’un côté, l’Afrique demeure prise dans un postcolonial inachevé, marqué par la dépendance économique, institutionnelle et symbolique. De l’autre, l’Occident traverse une phase réactionnaire et fascisante, révélatrice de l’essoufflement profond de la démocratie représentative.


Partout, les peuples expriment une fatigue démocratique : fatigue face à un système électoral dispendieux, vidé de sa substance, et largement perverti par le pouvoir de l’argent.


Dans ce contexte, particulièrement en Afrique de l’Ouest, confrontée aux coups d’État, aux tensions sociales et au djihadisme, il devient impératif de repenser la démocratie — non plus comme un simple mécanisme électoral, mais comme ce par quoi un peuple préside réellement son destin.


Tout d’abord, la démocratie, en son principe — au-delà de sa forme actuelle — ne doit pas être pensée comme l’apanage du seul héritage grec et moderne. D’autres civilisations et sociétés ont déjà connu des formes de gouvernance fondées sur la délibération et la concertation, aussi bien dans les anciennes sociétés africaines que dans la civilisation de l’Islam.


Par ailleurs, la démocratie doit être pensée comme une forme de vie collective, fondée sur la délibération, enracinée dans un terreau relationnel, spirituel et cosmique fécond.


La contestation croissante de la jeunesse africaine — notamment au Sénégal — vise la dépendance persistante des élites politiques et intellectuelles à un modèle occidental en crise, perçu comme un instrument de domination renouvelée.


Cette contestation appelle une chose : ouvrir l’imagination politique et sociale, afin de réinventer la démocratie et de (re)créer des institutions en résonance avec :


  • le désir légitime de souveraineté des peuples,

  • l’imaginaire spirituel,

  • et le génie social des sociétés africaines.


Or, l’Afrique — riche de ses traditions communautaires et spirituelles — et l’Islam, en tant que religion et civilisation universelles, majoritaires dans de nombreux pays africains, offrent des ressources philosophiques et politiques décisives.

L’Islam porte en effet une vision fondée sur :


  • la lieutenance humaine et la dignité des enfants d’Adam (al-karāmah),

  • l’unité de la famille humaine,

  • la concertation délibérative (al-shūrā) en tant que principe obligatoire de gouvernance,

  • la justice (al-ʿadl) comme fondement et finalité de l’action publique et politique,

  • la solidarité économique redistributive (al-infāq), socle de toute politique économique inscrite dans la logique d’un pouvoir délibératif et démocratique,

  • et la responsabilité spirituelle (al-amānah) devant le Transcendant et devant la société.


Ces principes constituent les bases d’une alternative radicale à ce qui est, en réalité, une « aristocratie élective », abusivement appelée « démocratie représentative ».

L’Afrique en général, et le Sénégal en particulier, ont urgemment besoin de ce renouveau créatif de la démocratie, à la hauteur de leur expérience civilisationnelle et des besoins actuels de l’humanité.

II. Axes de renouveau et de transformation

1. Sur le plan philosophique et religieux

Passer de l’individu-citoyen isolé à la personne humaine reliée

Cela implique de :


  • repenser le peuple et la nation non comme une somme d’individus uniformisés par une idéologie nationaliste, mais comme une communauté vivante de personnes en relation, habitée par une mémoire, une spiritualité et une histoire partagées ;

  • inscrire la démocratie dans une vision cosmique du lien : lien au divin, aux humains et à la nature, comprise comme partenaire mise à disposition amicale (taskhīr) dans la civilisation de la terre.


2. Sur le plan institutionnel

Passer de l’élection-compétition à la reconnaissance éthique

Cela suppose de :


  • ne plus confier la responsabilité politique à celles et ceux qui désirent le pouvoir ;

  • instituer des cercles de reconnaissance capables de proposer des figures morales et spirituelles, formées à l’exercice éthique et efficace du pouvoir social, économique et politique ;

  • remplacer la logique de promesse électorale par un pacte de responsabilité spirituelle et sociale, validé par le peuple.


3. Sur le plan de la gouvernance

Passer de la centralisation à la polysource délibérative

Il s’agit de :


  • reconnaître la pluralité des autorités légitimes : chefferies, conseils de sages, confréries, territoires, associations ;

  • mettre en place une gouvernementalité en cercles concentriques de délibération, où les niveaux locaux, spirituels, communautaires et nationaux dialoguent ;

  • donner une expression politique à la diversité ethnique, religieuse et professionnelle, à travers des espaces d’interconnaissance (taʿāruf), de concertation et de médiation.


4. Sur la temporalité du mandat

Passer du mandat figé au pacte d’allégeance renouvelable

Cela implique de :


  • remplacer le mandat à durée fixe par un serment d’allégeance morale, réexaminé et renouvelable annuellement par délibération publique ;

  • redonner à la politique le sens du temps long, à travers un contrôle régulier des délégués — qui ne sont plus des élus, mais des exécutants de la volonté collective.


5. Sur l’administration et la gestion

Passer de la technocratie à la poélitique

En ce sens :


  • recréer une langue politique vivante, enracinée dans les cultures africaines et musulmanes, mobilisant des concepts habités : baraka, pacte, shūrā, amānah ;

  • redonner une place centrale aux poètes, artistes, intellectuels, savants-imams et femmes sages, comme médiateurs du sens dans l’espace politique.


6. Relier spiritualité, politique et économie

L’erreur majeure que nous continuons de commettre en Afrique, lorsqu’il est question de démocratie, est de penser celle-ci indépendamment de la spiritualité et de l’économie.

Or, les trois sont indissociables :


  • la vision du monde fonde l’ordre politique ;

  • l’ordre politique organise le cadre économique.


Nos indépendances (années 1960) comme nos transitions démocratiques (années 1990) ont échoué sur ce point fondamental.

Elles ont :


  • évité le débat, en amont, sur les valeurs philosophiques et spirituelles portées par les peuples ;

  • contourné les questions, en aval, de l’économie et de la monnaie.


Pourtant, ce sont ces deux dimensions qui conditionnent :


  • la souveraineté réelle d’une nation ;

  • et le caractère égalitaire et vivant d’une démocratie.


Une démocratie authentique ne peut exister que si elle repose :


  • sur la transcendance divine, qui limite tout pouvoir humain et empêche le totalitarisme ;

  • sur l’égalité en dignité des enfants d’Adam, qui légitime la participation de tous et interdit le pouvoir d’un seul ;

  • sur la solidarité de la famille humaine, incompatible avec le capitalisme et l’accumulation des richesses par une minorité.


Car l’accaparement détruit :


  • la démocratie,

  • le lien social,

  • et la société elle-même.


Conclusion


Toute démocratie privée de vision et de liberté spirituelles, ainsi que de souveraineté économique et monétaire, est une démocratie formelle. Sans indépendance religieuse et culturelle (pas de clergé ou d'autorité ancestrale), et sans maîtrise des ressources, de la monnaie et des choix économiques fondamentaux (pas d'oligarchie ni de ploutocratie), le vote devient un rituel sans pouvoir réel. La colonisation continue, car ses conditions perdurent.


La question démocratique est donc aussi une question monétaire, budgétaire et économique, inséparable de la vision spirituelle et religieuse de l’humain, du pouvoir et de la richesse.

Ce renouveau démocratique ne consiste ni en une imitation tardive, ni en un rejet simpliste. Il est un retour vers l’avenir. Une revivification des ressources spirituelles, culturelles et civilisationnelles des peuples. Une reconquête de soi, de sa puissance, de sa dignité.


Pour nous, par nous, de nous : le Peuple-Président.

 
 
 

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